Verite Lowcost | LOWCOST : JUSQU’OÙ ?
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LOWCOST : JUSQU’OÙ ?

LOWCOST : JUSQU’OÙ ?

La compagnie irlandaise à bas coûts vient d’être mise en examen, notamment pour « travail dissimulé » et « emploi illégal de personnel naviguant ». Après le copilote « en option », le billet d’avion à quelques euros pour les passagers voyageant debout, voici l’une des dernières provocations du PDG de Ryanair, Michael O’Leary. Mais quiconque serait à l’avenir tenté par l’aventure, séduit – même en position verticale – par ce tarif « imbattable » devrait y regarder de plus près avant de s’embarquer su un des Boeing 737 de la compagnie irlandaise lowcost.

( article de Christine LABBE, publié dans « Options » n°560, octobre 2010, le journal de l’UGICT-CGT, www.ugict.cgt.fr)

Ryanair : en apparence, l’une des réussites de ma libéralisation du transport aérien affichant un nombre croissant de passagers transportés et un résultat net global d’environ 290 millions d’euros par an. Une réussite financière presque insolente. Mais artificielle « Ryanair ne vit pas de la vente des billets. Sans les aides publiques qui lui sont octroyées, estimées à quelque 650 millions en 2008, elle serait aujourd’hui déficitaire », explique José Rocamora de la Cgt d’Air France, qui qualifie l’entreprise non de compagnie lowcost mais de « chasseur de subvention ». Une étude du fonctionnement du terminal lowcost de l’aéroport Marseille-Provence, où Ryanair est basé depuis 2006, semble indiquer que « le total de ces subventions représenterait une réduction de 15 euros par passager ». Si, en 2009, la direction d’Air France a contesté la légalité de ces aides auprès de la Commission européenne – une plainte toujours en suspens -, faisons une première constatation : ce billet à quelques euros, le passager, qu’il soit debout assis, d’ailleurs, l’a déjà en partie prépayé. Comme contribuable.

Il est aussi perdant comme assuré social. A la suite de deux plaintes déposées l’Unal (Union des navigants de l’aviation civile) et le Snpl (Syndicat national des pilotes de ligne), Ryanair a, le 28 septembre dernier, été mise en examen, notamment pour « travaille dissimulé », prêt illégal de main-d’œuvre » et « emploi illicite de personnel navigant ». Là aussi c’est la base de Ryanair de Marseille qui est visée : les cent vingt salariés, pilotes et navigant commerciaux ne seraient pas déclarés en France mais en Irlande, la compagnie s’exonérant ainsi du paiement des cotisations sociales.

Si la compagnie lowcost conteste un décret de 2006 relatif aux bases d’exploitation des entreprises du secteur aérien, la Cgt, qui s’est portée partie civile dans ce dossier, pose un second calcul : comparativement à Air France, par exemple, c’est encore une « économie » de 19 euros par billet d’avion que fait Ryanair grâce au dumping social. Cette différence de traitement, dénonce le syndicat, met en danger l’équilibre économique des entreprises qui respectent le droit français et les règlements européens, menaçant plusieurs milliers d’emplois.

Des profits financés par le contribuable, une recherche toujours plus drastique de réduction des coûts, pas seulement salariaux : « Ryanair pousse le raisonnement de la libéralisation jusqu’au bout, avec un modèle lowcost qui s’applique à tous par touches successives, déstabilisant la chaîne de sécurité, souligne en outre Raymond Besco, secrétaire général de l’Ufict-Cgt des transports, responsable de la branche du secteur aérien. « Voyager pour quelques euros tirerait toutes les activités vers le bas ». Jusqu’où ? car c’est déjà en partie le cas : sous-effectif chroniques, temps d’escale écourtés pour des rotations plus nombreuses, hôtesses de l’air obligées de réaliser une partie des activités au sol comme le ménage, sous-traitance au sol justement totalement privatisée et « smicardisée »… économies de carburant aussi ? C’est en tout cas ce que soupçonnent les autorités espagnoles après qu’un vol Ryanair a atterri d’urgence à Alicante avec un de ses trois réservoirs complètement vide. Les passagers, heureusement, ne se sont aperçus de rien. Assis ou debout ?

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ENQUETE :

« Vouloir faire de la sécurité « lowcost » est une hérésie » souligne Olivier Sekai, vice-président (CGT) de la section « aviation civile » d’ETF (Fédération européenne des transports). En ligne de mire, notamment : l’activité au sol (personnel de sécurité, maintenance aéroportuaire..), largement sous-traitée avec des conditions de travail très dégradées. Au niveau international, l’ETF vient de lancer un questionnaire afin de recenser les meilleures pratiques et de déterminer « un chiffre standard syndical » à partir duquel la sécurité peut être garantie. A terme, il s’agit, comme le revendique la CGT, de définir « des normes françaises et européennes en matière d’assistance au sol », s’agissant notamment du nombre de salariés par avion et des temps d’intervention.

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